Capitalisation d’expérience

La capitalisation répond à un besoin premier de digérer l’expérience. Pratique intemporelle et spontanée, il s’agit de faire mieux la prochaine fois. D’apprendre de ses erreurs, individuelles ou en équipe, de tirer des leçons du passé, un enseignement de ce qui a été vécu.

Dans un second temps, il s’agira d’analyser ce savoir afin d’en extraire une substance utile et utilisable au-delà du périmètre et des acteurs du projet.

Finalement, de pétrir et de remodeler cette connaissance dans un format accessible au plus grand nombre.

Pierre de Zutter, « théoricien » de la capitalisation d’expérience, résume ainsi le processus : « transformer le savoir en connaissance partageable ».

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une procédure figée, mais d’un état d’esprit permanent. De tâtonnements, d’étapes ou de petits pas à accompagner, idéalement avec l’appui d’un chef d’orchestre : le chargé de capitalisation.

L’objet de la démarche, notamment identifier et « prioriser la récupération de ce qui est susceptible de se perdre », ou encore « savoir distinguer dans l’expérience le capital qui se renouvelle et celui qui s’accumule » est transversal et doit être interrogé tout au long de la capitalisation. Il s’agit d’un processus vivant, réactif, créatif, adaptable et modulable en fonction de l’implication et de l’appropriation des acteurs. Tout comme chaque processus de génération de savoir, il doit être circulaire. Demeure néanmoins 3 étapes structurantes :

  1. La Collecte de données

Des témoignages écrits, oraux, vidéos.

Que collecter ? Des faits, des ressentis, des souvenirs, des impressions. Avec toute la dimension subjective que cela représente. Il s’agit de collecter des expériences, donc pas uniquement et forcément des informations factuelles mais au contraire chaque acteur pourra faire valoir son vécu, sa propre perception.

Qui interroger ? Bien sûr des acteurs en lien direct avec le projet mais aussi indirect, des participants étant sortis du programme ou n’ayant pas eu la possibilité d’intégrer l’action. Et entre les deux, ceux s’en étant éloigné progressivement.

L’interviewer n’est pas là pour effectuer une recherche thématique, par exemple sur les résultats du programme, mais recueillir un auteur, une vision, subjective certes, mais personnelle.

Combien d’entretiens seront nécessaires ? Pour un travail en profondeur, certainement plusieurs : afin d’expliquer la démarche, obtenir la confiance du répondant, débloquer et lancer le témoignage puis sortir de l’anecdotique afin de visualiser l’apprentissage.

  1. Transcription et analyse des données

Dans de nombreux programmes, la connaissance tacite (non formalisée, transmise par socialisation, observation, culture d’entreprise) est forte. L’enjeu est de la détecter puis formaliser à travers des écrits, normes et références. Transformer cette connaissance tacite en connaissance explicite.

Cette étape implique également de nombreux choix :

Sous quelle forme transcrire les données ? De la forme brute du langage parlé à une forme plus littéraire.

Ce langage parlé est-il compréhensible au-delà du cercle restreint du projet ? Trop jargonneux ou technique ?

Jusqu’à quel point s’approprier les témoignages sans déposséder les auteurs ?

Comment faire la part entre ce qui n’intéresse que le projet et d’autres modalités plus génériques, susceptibles d’être transposables dans des contextes multiples ?

 

  1. Diffusion du savoir

A cette étape, des connaissances ont dû émergées. Maintenant, comment les partager ?

Sous quelle forme ?

  • Manuel
  • Livret
  • Guidelines
  • Newsletter, blog
  • Vidéos ?

Comment les organiser, les reconnaitre, les classifier ?

  • Fiches pratiques
  • Collection
  • Série

Le processus de capitalisation disposera de son propre SSE afin de suivre et évaluer les effets de la capitalisation.

 

Extraits de Pierre de ZutterDes histoires, des savoirs, des hommes : l’expérience est un capital, Fondation pour le Progrès de l’Homme, 1994

La capitalisation est l’œuvre des exclus et elle est d’abord pour eux, aussi bien ceux de cultures très différentes (les paysans, les indiens…) que ceux d’une culture déjà proche mais qui n’entrent pas dans le cercle des élus et sont traités en simples pions (les gens de terrain, cadres et techniciens). Elle cherche à les libérer et à les affirmer. Elle aspire à les relier entre eux et à favoriser leurs collaborations, leurs constructions communes.

 

Capitaliser l’expérience est souvent une sorte de thérapie pour reprendre des moments conflictuels et traumatisants qui créèrent des blocages à partir desquels on cessa d’apprendre, d’évoluer, de s’améliorer, de s’auto-former.

 

A l’heure où les échecs sont devenus si évidents que les recherches de pistes se multiplient partout, chacun prétend réinventer le fil à couper le beurre et ignore les faits et pensées de ses prédécesseurs. La gestion de la mémoire du développement est une urgence aussi bien locale qu’internationale afin d’apprendre enfin de l’expérience.

 

Technicien sanitaire en situations précaires – les Guidelines MSF : une capitalisation d’expérience qui ne porte pas son nom.

 

Pour en savoir plus :

Manuels de capitalisation : 

 

Exemples de capitalisation :