Utilité sociale

Du néant à l’usine à gaz.

Encore récemment, les structures associatives avaient le champ libre en matière d’évaluation. Les obligations étaient avant tout comptables et l’analyse des résultats, notion floue, souvent laissée en jachère. C’est ce déficit qui a justement donné naissance à EVAL : renforcer les capacités des institutions et de la société civile en suivi et évaluation et diffuser la culture de l’évaluation, au-delà des outils de pilotage, comme vecteur de transparence et d’apprentissage.

Néanmoins, à mesure que les notions du “new public management” et de « Gestion axée sur les résultats » se diffusaient dans le domaine public, parallèlement à une raréfaction des fonds et des subventions, les projecteurs se sont progressivement braqués sur l’efficacité des projets, puis sur leur efficience et plus récemment sur leurs impacts. Justifier des effets de son action, directs ou indirects, positifs ou négatifs, prévus ou imprévus. Mesurer l’ensemble des changements significatifs et durables dans la vie et l’environnement des personnes ayant un lien de causalité avec le projet.

Prise de conscience, appropriation de la problématique par les acteurs, effet de mode, ou en réaction aux méthodes de mesure d’impact social basées sur la monétarisation, est alors apparu la notion d’utilité sociale déclinée parfois en “utilité sociale et territoriale” ou encore “utilité sociale et environnementale”.

Certaines structures se sont vues imposées des schémas lourds et non adaptés : une charge supplémentaire non intégrée, non compensée et donc au détriment de l’activité de terrain et de l’attention consacrée aux usagers. Une profusion d’information collectée mais insuffisamment traitée et analysée et donc ôtant le principale objet de l’évaluation : son utilité.

Aussi, plus courant dans les petites et moyennes structures : le dispositif d’évaluation reste à l’appréciation de l’équipe dirigeante, pour autant les exigences, notamment en ce qui concerne la mesure et la justification de l’utilité sociale, se sont accrues sans préalablement avoir ouvert des voies pour permettre aux ressources humaines de monter en compétences sur ces notions.

C’est pourquoi la mise en place d’initiatives qui viennent combler ce déficit et renforcer les acteurs du territoire sont encouragées. L’enjeu est de taille pour les structures associatives et de l’ESS dans son ensemble, car la pression est double par rapport à une entreprise traditionnelle : non seulement être viable économiquement mais aussi devoir justifier de son utilité sociale.

Si une profusion de définitions existe concernant cette utilité, aucune n’est pour autant unanimement acceptée. Définir cette utilité sociale est une opportunité pour chaque acteur de redessiner son objet, ses projets, de co-construire avec l’ensemble des parties-prenantes, en premier lieu les usagers, les critères et les indicateurs qui permettront d’esquisser un premier dispositif de mesure de l’utilité sociale.

Mesurer l’utilité sociale à l’instar de l’effet d’une action à moyen ou long terme est extrêmement complexe, notamment dans le cadre d’actions sociales, liées à la citoyenneté ou encore visant des changements de comportements. Cependant la délimitation et l’acceptation de cette complexité de la part des parties prenantes demeure une première étape cruciale. De la même manière, si une mesure précise, “scientifique”, de l’utilité sociale reste délicate, voire prétentieuse ou farfelue, la mise en place d’outils de collecte d’information permettant de cerner des tendances, des échelles de progrès ou encore d’apprendre de ces échecs passés est à la portée de chaque structure.

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