« Quand on voyage vers un objectif, il est très important de prêter attention au chemin. C’est toujours le chemin qui nous enseigne la meilleure façon d’y parvenir, et il nous enrichit à mesure que nous le parcourons. » Paulo Coelho
« …il est aussi important et vital de demeurer attentif tout au long du périple que d’atteindre sa destination. » Michael Quinn Patton

La cartographie des incidences, développée par les services sociaux américains puis adaptée au secteur du développement par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) dans les années 2000 se distingue à plusieurs titres.
Tout d’abord, par son approche humble et modeste. Contrairement au cadre logique, la cartographie des incidences n’est pas fondée sur un système de relations de cause à effet mais reconnaît que des évènements multiples et non linéaires mènent au changement. Cette méthode vise à prendre en compte le rôle et la contribution essentielle des autres acteurs, sans chercher à se mettre en valeur et faire valoir son propre impact à tout prix.
Aussi, la cartographie des incidences se concentre sur les changements de comportements des personnes et des organisations visées par l’action. Le développement est ainsi compris comme un ensemble de petits changements contribuant à leur échelle à l’atteinte d’un objectif partagé. Le terme « incidence » est alors préféré à « impact » et fait référence aux modifications des comportements, à des modifications dans les relations, les agissements ou les activités des personnes, des groupes et d’ organisations avec lesquels les équipes du projet ou du programme ont des contacts directs.
Enfin, toujours en rupture avec les phases d’analyse du cadre logique et notamment de son arbre à problèmes, la cartographie des incidences démarre par une réflexion sur la vision : quelle serait la situation idéale ? Comment pourrait-on y parvenir ? Le champ des possibles est ainsi démultiplié et ne s’arrête pas uniquement à la circonscription d’une situation négative. Concrètement, la prise de parole est facilitée, chacun se projetant avec plus de facilité dans une situation idéale.
Exemple : partenaires stratégiques et limitrophes – évaluation d’impact du programme néo-citoyens

Pour retrouver le rapport complet voir : Néo-Citoyens, Orienter l’impact – évaluation d’impact du programme Néo-Citoyens, EVAL, octobre 2014
Les partenaires limitrophes (personnes, groupes ou organisations en contact direct avec le programme) sont les seuls à contrôler le changement ; les programmes de développement, simples agents externes, ne servent qu’à faciliter le processus en donnant accès à de nouvelles ressources, idées et/ou débouchés pendant la durée du projet.
« Le désir de se voir attribuer le mérite nuit à la création du savoir »1. La cartographie des incidences permet de se détacher de l’obsession des résultats. Nous prenons acte du rôle essentiel et de la contribution des autres acteurs.
Les différentes étapes de la cartographie des incidences :
- Etape 1 : définition de la vision
- Etape 2 : définition de la mission
- Etape 3 : identification des partenaires limitrophes
- Etape 4 : identification des incidences visées
- Etape 5 : identification des marqueurs de progrès
- Etape 6 : préparation d’une stratégie pour chacune des incidences visées
Au-delà des actions orientées vers l’externe, la méthode accorde une place centrale aux pratiques organisationnelles (qui constituent la 7e étape de la phase d’intention de la méthodologie complète). Cette dimension invite l’équipe projet à une forme d’introspection : quels modes de fonctionnement et quelles routines internes le programme doit-il lui-même adopter pour rester pertinent et adaptatif ? Ces pratiques décrivent les contours d’une organisation véritablement engagée et apprenante, capable de soutenir durablement ses partenaires limitrophes et de pérenniser les dynamiques de changement sur le terrain.
Les 3 stades de la cartographie des incidences

Bien sûr, les porteurs de projets se trouvent souvent entravés par les outils déjà en place liées à la Gestion Axée sur les Résultats et dans l’incapacité de dérouler la méthode de la cartographie des incidences de manière exhaustive et approfondie. Dans ce cadre, elle demeure source d’inspiration le temps d’organiser quelques ateliers avec des parties prenantes, de développer quelques échelles de changement, d’identifier et de sélectionner quelques indicateurs qualitatifs. Prendre du temps pour la réflexion collective, distinguer mille petits pas au sein de grands jalons. Réfléchir aux pré-conditions nécessaires pour que le changement survienne, améliorer la coordination entre acteurs ou mettre chacun face à ses engagements.
L’IA : un levier d’analyse pour les données qualitatives
Si la cartographie des incidences a parfois été jugée chronophage en raison du volume massif de données qualitatives qu’elle génère (journaux de suivi, récits), l’arrivée de l’intelligence artificielle (notamment les LLM) apporte un certain soulagement et potentie nouveau souffle pour la méthode. L’IA facilite et accélère le traitement, la catégorisation et la synthèse de ces vastes volumes de textes, permettant de repérer plus facilement des récurrences comportementales. Toutefois, si ce saut technologique allège la charge analytique, le gain porte principalement sur le traitement des données et non sur la phase de collecte. L’adhésion des acteurs, leur volonté de documenter leurs comportements, ainsi que la capacité des équipes de projet à bien structurer leurs requêtes à l’IA, demeurent des défis avant tout humains.
La cartographie des incidences : en bref
L’outcome mapping, ou cartographie des incidences, est une méthodologie utilisée dans la conception, le suivi et l’évaluation des programmes de développement. Contrairement aux approches dominantes axées sur les résultats immédiats ou les impacts mesurables, l’outcome mapping se concentre sur les changements comportementaux, relationnels et organisationnels des acteurs directement impliqués dans le programme. Cette méthode non seulement reconnaît mais s’appuie sur le fait que le changement est souvent non linéaire et influencé par de multiples facteurs et acteurs.
Pour aller plus loin
- Outcome mapping learning community : nouvelle plateforme
- La cartographie des incidences, INTRAC, Neil MacDonald, Nigel Simister, 2024
- Méthode de cartographie des incidences, fiche 5, COTA ASBL, Hédia Hadjaj-Castro, Marc Totté, Laurence Defrise, 2007
- La cartographie des incidences : intégrer l’apprentissage et la réflexion dans les programmes de développement, Sarah Earl, Fred Carden et Terry Smutylo, Centre de recherches pour le développement international 2002
- Cartographie des incidences – présentation générale – film pédagogique réalisé par Eric Mounier et produit par le F3E
Exemples de mise en pratique
- Using Outcome Mapping to Mobilize Critical Stakeholders for a Gender Responsive Rift Valley Fever and Newcastle Disease Vaccine Value Chain in Rwanda, Front. Glob. Womens Health, 19, 2022
- Learning-based Management at International IDEA, 2020
Sujets connexes
Retour sur la conception d’un système de suivi et évaluation
Etape 3 : sélection des méthodes de Suivi Evaluation
- Capitalisation d’expérience
- Enquêtes CAP
- Etude monographique
- Evaluations d’impact
- Gestion Axée sur les Résultats
- Photovoice
- Recherche action
- Méthode accélérée de recherche participative (MARP)
Date de première diffusion : 2014
Dernière actualisation : 2026
Sébastien Galéa
- Les auteurs de la méthode expliquent que cette volonté à tout prix de s’attribuer le mérite d’un changement positif masque la réalité du terrain, qui est complexe et fait intervenir de multiples acteurs. En cherchant absolument à s’octroyer les lauriers d’un succès (pour justifier des financements, par exemple), les organisations ont tendance à biaiser leurs analyses, à ignorer le travail des partenaires et à cacher leurs échecs ↩︎
