Théorie du changement

Qu’est-ce qu’une théorie du changement ?

« Une théorie du changement (ToC) est une vision explicitement documentée (et donc évaluable) de la façon dont on pense que le changement doit se produire. » Rick Davies

Il faudrait que tu sois un peu plus précis sur cette deuxième étape… Crédit : Sidney Harris

La « théorie du changement » est notre postulat de base au moment où un programme est envisagé. Elle illustre notre vision. Il s’agit d’une projection de la façon dont on imagine que le changement va avoir lieu : une feuille de route, un cadre conceptuel.

Le premier intérêt est de pouvoir formaliser notre raisonnement et modéliser notre intervention. Distinguer ce qui est du domaine de l’implicite et celui de l’explicite.

Le second intérêt est de pouvoir présenter au fur à mesure de l’élaboration du programme cette théorie du changement aux diverses parties prenantes. Les autres acteurs valident-ils votre projection ? Ou émettent-ils des réserves ou des conditions préalables au changement ?

Troisième intérêt, une fois la théorie du changement documentée et explicitée, elle devient alors évaluable : à quel point le postulat de départ est-il correct ? Le système de suivi et évaluation pourra ainsi mesurer et analyser les écarts. Les hypothèses pourront être validées, invalidées et actualisées au regard de l’expérience.

Pour un évaluateur, il s’agit d’une première étape : construire (si elle n’avait pas été formalisée) ou reconstruire cette théorie de l’intervention. Quelle était la vision des initiateurs du programme ? Quels étaient les changements escomptés ? Cette théorie était-elle, déjà sur le papier, plausible ?

Selon Huey T. Chen, le propos d’une évaluation basée sur la théorie n’est pas seulement d’analyser si une une intervention « marche » ou «ne marche pas » mais aussi de décrire le pourquoi et le comment.

La représentation graphique d’une théorie du changement

Cette théorie peut être présentée de multiples façons, de simples présentations orales ou des rapports écrits, elle est souvent représentée sous forme de graphiques : des cases et des flèches.

L’enjeu d’une représentation graphique est d’être suffisamment simple pour être lisible et utilisée tout en n’étant pas trop réductrice de la réalité.

Exemple

La mesure ci-dessous est issue du plan biodiversité 2018 (parmi 6 axes stratégique, 24 objectifs, 90 actions…)

“Le montant des sanctions financières, notamment des amendes, sera par ailleurs augmenté de façon substantielle afin qu’elles aient un réel pouvoir dissuasif.”

Ce postulat peut-être représenté graphiquement comme sur la figure ci-dessous.

Il s’agira ainsi d’étudier le lien de causalité entre l’augmentation du montant de l’amende et le nombre de décharges sauvages.

Pour autant, un observateur extérieur pourra faire remarquer que le blocage se situe en amont de la verbalisation (le dépôt a-t-il été constaté par la mairie ? Un procès verbal a-t-il été réalisé ? Transmis au procureur ?, etc.-  voir graphique ci-dessous) et donc détecter de nouvelles interventions ou étapes afin d’étoffer la théorie de l’intervention.

Jura Nature Environnement – Les dépôts sauvages, procédures et les sanctions

 

Dans cet exemple, une simple réunion avec des parties prenantes permet de remodeler la théorie d’action et d’ajouter un nouvel axe, visant l’augmentation du nombre de verbalisation.

Jura Nature Environnement – Les dépôts sauvages, procédures et sanctions

 

Les limites de la représentation graphique

Notre exemple, à des fins de simplification, ne représentait que 2 maillons, comme points de réflexion, puis s’étoffait par la suite. Les théories du changement se transforment ainsi rapidement en graphiques complexes à appréhender, comme illustré ci-dessous :

Par ailleurs, ces graphiques ne renseignent pas sur :

  • la notion de temps (durée et calendrier) : à quel moment est attendu le changement ?
  • le volume : quel est le seuil minimum d’activité requis pour qu’un changement soit perceptible ?
  • le degré d’intensité : comment distinguer entre plusieurs mesures celle qui a produit le plus d’effets pour un résultat donné ?

Enfin, plus les programmes sont complexes et transversaux (composantes multiples) et plus les causalités sont complexes à établir (l’effet cocktail).

L’évaluation basée sur la théorie

L’évaluation basée sur la théorie s’attache à comparer les résultats, effets et impacts qui avaient été visés au démarrage de l’action avec les résultats, effets et impacts réellement atteints en cours et en fin d’action.

Les processus qui ont apporté le changement sont-ils bien ceux qui avaient été identifiés au démarrage de l’action ?

Comment faire la part des choses entre ce qui est imputable au projet et ce qui est imputable aux mutations de l’environnement  ?

Quelles sont les conditions nécessaires pour obtenir un effet ? Quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes  ? Les conditions nécessaires mais insuffisantes ? Quelles sont les combinaisons de conditions nécessaires (observe-t-on des effets plus notables si diverses conditions sont réunies) ?

Actualiser la théorie du changement

Après avoir fait valider la théorie du changement aux parties prenantes, cette représentation graphique pourra également être adoptée comme outil participatif de suivi évaluation  avec les différents acteurs, en actualisant la légende au fur et à mesure des effets naissants.

 

 

Théorie du changement : exemple de légende

 

De la théorie du changement à la chaine de résultats

La chaine de résultats est la version la plus basique et linéaire d’une théorie du changement, ne comprenant qu’un nombre limité de maillons, d’interactions et aucune boucle de rétroaction.

La chaîne de résultats utilisée dans la méthode de Gestion axée sur les Résultats  comprend 5 maillons.

Parfois appelée “chaine logique”, ou encore “logique d’intervention”, elle correspond en fait à la colonne de gauche du cadre logique : la théorie d’action.

La chaine de résultats