La triple peine en suivi évaluation

Des défaillances en série dans un système de suivi évaluation favorisent ce qui pourrait être qualifié a minima de double peine :

  1. D’une part des équipes transparentes et disposées à apprendre de leurs erreurs qui ne tirent que très peu de bénéfices du système de SE :
  • d’abord car le format de suivi est lourd et chronophage : un modèle plaqué sur le projet et pas forcément sur mesure. Dès lors qu’il faut rendre des comptes à différentes entités ou tutelles, souvent sous des formats multiples (des templates qui se ressemblent sur le fond mais diffèrent sur la forme), la charge du rapportage prend le pas sur les opérations.

  • ensuite car l’évaluation intervient trop tard dans le cycle de projet, n’apportant que des éléments déjà connus par les équipes de mise en oeuvre et générant ainsi un regard dubitatif sur l’exercice. Elle pèse également, comme le reporting, sur les aspects opérationnels et sur les activités de clôture qui pourraient encore donner une dernière impulsion à l’action. Les équipes sont mobilisées par la préparation et l’organisation administrative, logistique de l’évaluation, par l’accueil de l’équipe…

  • l’apprentissage organisationnel est souvent délaissé en raison d’évaluations trop courtes, la capacité des équipes à transmettre est gâchée 

Le tout laissant un goût amer à ces opérationnels sur la plus-value et utilité du système de suivi évaluation. 

2. A l’opposé, des directions de programme centrées sur l’auto-satisfaction ou l’auto-promotion parviennent à tirer leur épingle du jeu dans ces systèmes dysfonctionnels : absence de regard indépendant ou évaluations trop tardives, entre-soi, absence de fonction support en SE au niveau de l’organisation, simple contrôle de performance dans la livraison des produits et des services initialement promis sans connexion avec les enjeux liés au mandat institutionnel, absence de mécanismes de gestion des plaintes, opacité des centres de décision, délais de réponses anormalement longs…

Cette double peine, charge de travail et absence de bénéfice réel, ne touche que les équipes qui jouent le jeu de la transparence. Les directions auto-satisfaites, elles, s’en accommodent, voire en tirent parti.

La triple peine

Bien sûr, la reproduction cycle après cycle, projet après projet, de ces modalités de fonctionnement, ou plutôt « modalités de dysfonctionnement », se répercutent in fine sur les bénéficiaires finaux et l’état de la planète en général :

  • paupérisation
  • décrédibilisation des projets
  • perte de confiance du politique
  • effets réduits ou reportés des projets
  • atteinte à la biodiversité
  • réchauffement climatique
  • crise énergétique
  • tensions sécuritaires

Dans un état de la planète où les vents contraires sont extrêmement puissants, rares sont les interventions qui cochent, au moins sur le papier, de multiples cases porteuses d’espoir. Ces programmes innovants sont à surveiller comme le lait sur le feu et devraient bénéficier de systèmes de suivi, évaluation, apprentissage robustes. 

A l’inverse, les projets de papier glacé, autocentrés, suffisants, sans interstice pour libérer la parole, sans signaux d’alarme institutionnels pour prévenir les retards interrogent (voir étude de cas ci-dessous).

triple peine en suivi évaluation
Etudes de cas

Un programme de subvention de 40 millions d’euros sur 3 volets : biodiversité marine, résilience, efficacité énergétique. Une étude de cas sur le système de suivi évaluation (ou l’absence de système de suivi et évaluation) d’un programme pilote sur la transition climatique et énergétique.

Ce projet d’étude documente la rénovation énergétique d’un appartement parisien standard, un geste individuel qui s’inscrit directement dans l’effort collectif de décarbonation du parc bâti et d’adaptation au changement climatique. En suivant pas à pas les blocages rencontrés (copropriété, assurance, DPE, aides), le journal met en lumière les points de friction entre l’ambition climatique des politiques publiques du logement et leur mise en œuvre concrète à l’échelle d’un bien. La documentation du cas vise à produire des outils pratiques pour sécuriser les propriétaires dans leurs travaux, ainsi qu’une banque de cas réels destinée à la formation des étudiants et professionnels du secteur.

Qu’il s’agisse d’un programme structuré de 40 millions d’euros sur une seule zone géographique ou d’une politique publique dans son ensemble à l’échelon national, les mêmes freins se retrouvent : des délais sans rapport avec l’urgence climatique, des responsabilités diluées le long d’une longue chaîne d’acteurs, des silences qui ne déclenchent aucune mesure correctrice, et un écart persistant entre les procédures prescrites et la réalité du terrain.

Pour aller plus loin :

Date de première diffusion : avril 2022
Date d’actualisation : juillet 2026