Formations post-bac en lien avec l’évaluation
Répertoire de formations de premier cycle dont les enseignements constituent un socle pertinent pour les métiers de l’évaluation
Cette page – en construction – recense une sélection de formations accessibles après le baccalauréat (bachelors, licences et doubles diplômes) dont le programme prépare, directement ou indirectement, aux métiers de l’analyse et de l’évaluation des politiques publiques et des programmes de développement. Si l’évaluation ne fait généralement pas l’objet d’un enseignement spécifique à ce niveau, ces cursus posent les bases disciplinaires et méthodologiques indispensables : pluridisciplinarité en sciences humaines et sociales, initiation aux méthodes qualitatives et quantitatives, ouverture internationale et compréhension des cadres institutionnels. Ils constituent les principales voies d’accès aux masters en évaluation référencés sur ce site (France, politiques publiques, Europe).
Pour toute information officielle et à jour (calendriers, modalités d’inscription, contenu détaillé des parcours), le site de l’établissement concerné reste votre référence principale.
Sciences Po – Collège universitaire
Bachelor en sciences humaines et sociales
Le Bachelor de Sciences Po est une formation pluridisciplinaire en trois ans, sanctionnée par un diplôme ayant la reconnaissance du grade de licence. Elle s’articule autour de cinq disciplines fondamentales : droit, économie, histoire, science politique et sociologie, auxquelles s’ajoutent les humanités politiques, l’apprentissage des langues étrangères et les méthodes quantitatives.
En deuxième année, les étudiants choisissent une majeure parmi trois orientations : « Économies et sociétés », « Humanités politiques » ou « Politique et gouvernement ». Ce choix permet d’approfondir certaines disciplines tout en conservant un socle pluridisciplinaire commun ; il laisse ouvert l’accès à l’ensemble des masters de Sciences Po. Le Bachelor est dispensé sur sept campus (Paris et six campus en région), chacun proposant des mineures géographiques spécifiques (Amériques, Afrique, Asie, Europe…). La troisième année se déroule obligatoirement à l’international.
Pour le futur évaluateur, ce cursus offre un socle méthodologique intéressant : la confrontation systématique entre l’étude des cadres institutionnels (normes juridiques, architectures politiques) et l’analyse empirique des réalités sociales (méthodes qualitatives et quantitatives, travail de terrain). Un parcours civique obligatoire, ancré sur la recherche-action, complète cette formation en cultivant les liens entre réflexion analytique et engagement concret.
IA, transition écologique et production de savoirs : une convergence distinctive
Sciences Po engage aujourd’hui une transformation de ses enseignements et de sa recherche autour de deux axes majeurs, qui intéressent directement la pratique évaluative. D’une part, depuis janvier 2023, tous les étudiants de première année suivent un cours obligatoire de 24 heures de « Culture écologique », conçu par le philosophe Pierre Charbonnier (CNRS), qui mobilise l’ensemble des disciplines du cursus, science politique, droit, économie, histoire, sociologie, autour des transformations environnementales. Au total, l’institution compte plus de 370 cours abordant ces enjeux, et lancera à la rentrée 2026 la Paris Climate School, première école européenne dédiée à la transition écologique en sciences humaines et sociales.
D’autre part, Sciences Po s’est doté en 2025 d’une doctrine sur l’intelligence artificielle et s’inscrit dans deux consortiums de recherche : NextGenAI, aux côtés de Harvard, Oxford, du MIT et d’OpenAI, où l’institution étudie l’impact de l’IA sur les débats publics en ligne ; et PostGenAI@Paris, doté de 35 millions d’euros dans le cadre de France 2030, au sein duquel Sciences Po participe à deux programmes d’accélération : « AI Normative and Distributive Effects » et « AI for Augmented Deliberation ». Ce dernier programme, mené avec le médialab, le CEVIPOF et le CERI de Sciences Po, explore comment l’IA peut enrichir les processus de délibération collective — une question au cœur de l’évaluation participative des politiques publiques.
Le Réseau ScPo – Instituts d’Études Politiques
Réseau ScPo — Le cursus en 5 ans
Les Instituts d’Études Politiques (IEP) proposent un cursus intégré en cinq ans, sanctionné par un diplôme valant grade de master. Sept d’entre eux – Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Saint-Germain-en-Laye, Strasbourg et Toulouse – sont regroupés au sein du Réseau ScPo et accessibles via un concours commun post-bac. D’autres IEP (Bordeaux, Grenoble) recrutent par des procédures propres, tout en partageant un modèle pédagogique similaire. L’IEP de Fontainebleau, créé en 2022 et rattaché à l’UPEC, constitue un cas à part : il ne porte pas le nom « Sciences Po », ne fait pas partie du concours commun, et se distingue par l’intégration de sciences exactes et expérimentales dans le cursus.
Le premier cycle (trois ans) est généraliste et pluridisciplinaire. Les enseignements de première et deuxième année combinent cours magistraux et conférences de méthode en petits groupes autour d’un socle commun : droit, économie, histoire, science politique, sociologie, culture générale et langues vivantes. Chaque discipline fondamentale est systématiquement accompagnée d’une conférence de méthode dédiée, ce qui installe dès la première année la double exigence théorique et méthodologique. La troisième année se déroule à l’international (échange universitaire ou stage), sauf à Grenoble où cette mobilité intervient dès la deuxième année.
Le second cycle (deux ans) est celui de la spécialisation : l’étudiant choisit en quatrième année une filière (action publique, affaires européennes et internationales, culture et communication, management, risques et santé, etc.) puis renforce sa spécialisation en cinquième année. Le réseau propose au total une centaine de parcours de master, mutualisés entre les établissements : un étudiant inscrit dans un IEP peut valider sa cinquième année dans un autre IEP du réseau.
Pour le futur évaluateur, ce cursus permet de maîtriser deux régimes analytiques complémentaires : d’une part, l’approche institutionnelle et normative, l’étude des règles officielles, du cadre juridique et du fonctionnement formel de l’État et des administrations ; d’autre part, l’approche empirique, l’apprentissage des méthodes d’enquête qualitatives et quantitatives pour analyser les pratiques réelles des acteurs sur le terrain. Cette double compétence, comprendre le cadre prescrit et mesurer les écarts avec la réalité, constitue le socle de toute démarche évaluative.
L’ancrage territorial : un laboratoire pour l’évaluation locale
Les IEP du réseau sont profondément inscrits dans leur écosystème régional, universités, collectivités, administrations déconcentrées, tissu associatif local, ce qui en fait autant de terrains d’observation directs pour l’évaluation des politiques publiques décentralisées : rénovation urbaine, politiques sociales territoriales, coopérations transfrontalières. Les étudiants y sont confrontés très tôt aux réalités de l’action publique locale et apprennent à identifier les écarts entre les textes législatifs et les pratiques réelles des administrations et des acteurs de terrain.
Spécificités par IEP en lien avec l’évaluation
Certains IEP développent des spécialisations de master particulièrement proches des métiers de l’évaluation. Sciences Po Rennes se distingue par une pédagogie innovante sur les transitions écologiques, et ses diplômés affichent de bons résultats aux concours de l’EHESP (École des Hautes Études en Santé Publique). Sciences Po Lille propose des parcours en affaires publiques, gouvernance des territoires urbains et « Politique, écologie et soutenabilité ». Sciences Po Strasbourg, situé à proximité des institutions européennes, offre des masters centrés sur les affaires européennes et les politiques publiques comparées, un ancrage utile pour l’évaluation des programmes et fonds européens. Sciences Po Toulouse développe des parcours sur la transition écologique, les risques et la santé.
Transition écologique : une sensibilisation commune
En matière de transition écologique, les sept IEP du réseau ont lancé à la rentrée 2024, en partenariat avec le CNED, un Campus numérique des transitions. Cette plateforme en ligne, accessible à tous les étudiants du réseau, propose des ressources sur la biodiversité, l’environnement et les solidarités, dispensées par des universitaires des sept écoles et par des experts et praticiens. Elle intègre le programme « B.A.-BA du climat et de la biodiversité » du CNED, une formation en ligne gratuite de huit heures. Il s’agit d’un outil de sensibilisation et de culture commune plutôt que d’un enseignement structurant : comme le précise le président du réseau, l’objectif est de donner aux étudiants une culture scientifique suffisante pour comprendre les enjeux environnementaux, la formation restant centrée sur les sciences sociales.
Focus : Sciences Po Saint-Germain-en-Laye
Le plus récent des IEP du réseau (créé en 2013) permet d’illustrer concrètement le contenu d’un premier cycle en IEP.
La maquette de première année s’organise autour de huit cours magistraux fondamentaux (176 heures) : Droit constitutionnel, Introduction à l’analyse économique (1 et 2), Histoire de la modernité, Introduction à la sociologie politique, Régimes politiques comparés, Histoire des situations coloniales, Philosophie politique. Chacun est doublé d’une conférence de méthode en petit groupe (10 à 15 étudiants), ce qui traduit la pédagogie propre aux IEP : chaque savoir théorique est immédiatement mis en pratique par un travail méthodologique.
S’y ajoutent des cours d’ouverture (180 heures) parmi lesquels : « Grands enjeux politiques de l’anthropocène », « Digital sociology », « Géopolitique », « Introduction to gender studies », « Sociologie générale ». Une conférence du diplôme « Enjeux de la transition écologique » complète ce socle.
En second cycle, l’IEP propose un « Défi data et territoires » obligatoire en quatrième année, un master « Métiers du politique et de l’action publique territoriale », ainsi que deux doubles diplômes : l’un avec CY Tech en « Ingénieur·e Data et Humanités Digitales », l’autre avec Audencia en « Politiques publiques et management des organisations ».
Les Licences universitaire en Science Politique
Historique et repères institutionnels
La Licence mention Science Politique s’est structurée dans le sillage de mai 1968 pour s’émanciper des facultés de Droit classiques. Sous l’impulsion de figures académiques comme Maurice Duverger, l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l’Université Paris 8 ont ouvert les premiers départements autonomes en 1969. Actuellement reconnue par l’État sous la certification RNCP 38183, cette filière reste à effectifs limités à l’échelle nationale : elle intègre entre 1 500 et 2 000 nouveaux étudiants par an, répartis sur une vingtaine de campus publics.
Contenu académique : la preuve par les enseignements
Le diplôme (Bac+3) croise l’analyse institutionnelle et la sociologie politique. Le lien avec les futurs métiers de l’évaluation s’y construit par l’apprentissage strict des méthodes de recherche en sciences sociales. L’orientation empirique du cursus se traduit concrètement dans les emplois du temps par des modules tels que « Méthodes qualitatives des sciences sociales », « Sociologie de l’action publique », « Statistiques et traitement de données », ou encore « Pratique de l’enquête par entretien ». La présence de cours de statistiques intègre le traitement mathématique de données démographiques ou électorales.
Réalités du cursus et données Parcoursup
Sur Parcoursup, la filière est en tension avec des taux d’accès allant de 4 % (pour les cursus parisiens historiques) à 40 % (dans certaines universités de région). L’erreur fréquente lors de la formulation des vœux consiste à la confondre avec la « Licence de Droit, parcours science politique », dont la maquette est composée à 80 % de droit civil et pénal.
Enfin, deux réalités structurent ce parcours universitaire. D’une part, les années de L1 et L2 sont caractérisées par un volume massif d’enseignements théoriques fondamentaux (histoire politique, droit constitutionnel, philosophie politique) avant d’aborder les enquêtes de terrain en L3. D’autre part, ce Bac+3 n’a pas de vocation professionnalisante immédiate : il constitue un diplôme de transition conçu pour une poursuite d’études vers des Masters spécialisés (affaires publiques, évaluation, ingénierie de la concertation) ou vers les concours administratifs.
Focus : Licence de Science Politique – Université Paris-Saclay (UVSQ)
La Licence de l’UVSQ permet d’illustrer concrètement le contenu d’un premier cycle universitaire sélectif, désormais intégré au rayonnement de l’Université Paris-Saclay.
La maquette de première année (L1) s’organise autour de six piliers fondamentaux par semestre (soit environ 420 heures annuelles). Au premier semestre, le socle disciplinaire repose sur l’Introduction à la sociologie politique (48h), le Droit constitutionnel 1 (48h), l’Histoire du droit 1 (30h), l’Histoire politique de la France (30h) et les Grands enjeux économiques et sociaux (20h). Ce bloc est complété par des modules d’appui pragmatiques : Institutions administratives et judiciaires (30h), Principes fondateurs de l’UE (20h) et Outils numériques en sciences sociales (18h).
Au second semestre, le cursus se spécialise avec la Sociologie de l’État (42h), la Sociologie des politiques internationales (20h) et les Idées politiques (30h). L’ouverture internationale est marquée par le cours de Droit et politique aux États-Unis (20h) et un enseignement linguistique obligatoire (Anglais ou Espagnol). Contrairement au format IEP, les travaux dirigés (TD) se concentrent sur les matières pivots (Droit et Science Po), favorisant une autonomie rapide dans l’analyse de données.
La spécificité de ce campus de Guyancourt réside dans son adossement aux laboratoires CESDIP (sociologie pénale) et VIP (institutions publiques). Cet environnement imprègne les cours de professeurs titulaires comme Bénédicte Laumond (coordinatrice de la licence), Patrick Hassenteufel (responsable de la L2) ou Stéphane Olivesi (responsable du S2).
En fin de cycle (L3), la formation propose des modules de Méthodes des sciences sociales (42h) et d’Analyse des politiques publiques (42h). L’obtention du diplôme, désormais estampillé Université Paris-Saclay, ouvre l’accès direct aux Masters d’excellence de la Graduate School, notamment le master « Économie et évaluation du développement et de la soutenabilité » (EEDS) ou le concours d’entrée en 4ème année à l’IEP de Saint-Germain-en-Laye.
Licence de Droit : l’architecture de l’action publique
La Licence de Droit est une formation en trois ans qui constitue le principal point d’entrée vers les métiers juridiques et, par extension, vers l’analyse du cadre normatif de toute politique publique. Le cursus s’organise autour d’un socle progressif : en L1, les fondamentaux (droit constitutionnel, institutions politiques) ; en L2, l’approfondissement (droit administratif, finances publiques) ; en L3, une première spécialisation (droit public approfondi, libertés fondamentales).
Pour le futur évaluateur, la licence de droit apporte une compréhension structurante de l’architecture institutionnelle : hiérarchie des normes, organisation constitutionnelle des pouvoirs, fonctionnement des administrations et droit de l’Union européenne. Ce socle est d’autant plus stratégique que l’évaluation tend à être institutionnalisée directement dans le cadre juridique de l’État. Comprendre comment l’État se structure en droit, c’est comprendre où et comment l’évaluation peut y être insérée de manière durable (dispositions constitutionnelles, lois organiques ou clauses d’évaluation).
La licence de droit reste cependant centrée sur la validité juridique des actes plutôt que sur la mesure de leurs effets réels, ce qui en fait un socle solide mais incomplet pour la pratique évaluative.
Focus : La CPGE D1 (Droit-Économie, ENS Rennes)
La classe préparatoire D1 constitue une alternative hybride à la licence classique. Les étudiants valident leur licence de droit à l’université tout en suivant au lycée des enseignements intensifs en économie (micro, macro, statistiques) et en droit public. Cette double formation est particulièrement structurante pour l’évaluation : elle habitue l’étudiant à penser simultanément la règle juridique et son impact économique, ce qui est le cœur de l’analyse d’impact.
Du droit prescriptif au droit évaluable
Dans le cursus classique, l’évaluation est souvent réduite à un contrôle de régularité a posteriori. Pourtant, l’outil de l’étude d’impact, rendu obligatoire pour les projets de loi par la réforme constitutionnelle de 2008, ouvre un champ plus large. Le constat actuel reste toutefois mitigé : ces études demeurent souvent des exercices de justification plutôt que de réelles analyses prospectives, faute de données de référence et de scénarios alternatifs robustes. L’enjeu pour le futur juriste-évaluateur est d’apprendre à concevoir la norme comme un dispositif de pilotage : Systématiser les clauses de suivi dès la rédaction du texte (l’évaluation « embarquée »). Anticiper les effets non souhaités (effets d’aubaine, stratégies de contournement ou « effets pervers ») Garantir l’application : s’assurer que les moyens prévus permettent un respect effectif de l’intention du législateur sur le terrain.
