Cette section explore l’évaluation des politiques de l’habitat au-delà de la seule performance thermique. Si la transition écologique est une priorité, elle se heurte souvent à la réalité physique du bâti et à la complexité des structures de gestion comme la copropriété. Entre l’obsolescence programmée de certains immeubles et les blocages décisionnels, l’habitat est le terrain où se jouent la sécurité des habitants et la pérennité du patrimoine.
Stratégies, Fiscalité et Investissement
- Plan relance logement
Le plan « Relance Logement » (annoncé en janvier 2026) vise la construction de 2 millions de logements d’ici 2030 via trois leviers : un statut fiscal du bailleur privé permettant d’amortir l’investissement locatif (de 3,5 % à 5,5 % selon le niveau de loyer, plafonné entre 8 000 € et 12 000 €/an) avec engagement de location de 9 ans ; 500 millions d’euros pour les bailleurs sociaux (issus de la baisse de la RLS, donc une réaffectation budgétaire) visant 125 000 logements/an ; et la création de « zones à bâtir d’urgence » où les maires pourront bénéficier de dérogations aux normes d’urbanisme, sur le modèle de Notre-Dame, bien que les modalités précises restent à définir.
L’accueil du plan est disparate au sein de l’écosystème immobilier : si les investisseurs institutionnels et les majors du BTP saluent la création du statut fiscal du bailleur privé et la simplification administrative comme des leviers pour relancer la production, les acteurs de la gestion et de la conception émettent des réserves. En effet, les bailleurs sociaux et les syndics pointent l’inadéquation entre l’ambition des objectifs quantitatifs et la faiblesse des moyens financiers ou juridiques alloués pour les atteindre, tandis que les architectes et les urbanistes alertent sur les risques d’une dérégulation locale accrue, craignant que les pouvoirs dérogatoires accordés aux maires ne sacrifient la cohérence urbaine et la qualité architecturale sur l’autel de l’urgence constructive.
🔄 Ce document est une feuille de route politique et non un texte juridique. Concrètement, le dispositif fiscal est applicable immédiatement, car validé par la Loi de Finances pour 2026 promulguée fin décembre 2025. En revanche, les mesures structurelles (pouvoir de dérogation des maires aux Plans Locaux d’Urbanisme (PLU), abaissement du seuil travaux à 20 %) nécessiteront le vote du futur projet de loi de décentralisation et de réforme de l’État pour devenir effectives.
- Pour une relance durable de l’investissement locatif, Rapport au Gouvernement, Marc-Philippe Daubresse et Mickaël Cosson, juin 2025
Face à une crise du logement qualifiée d’historique et un niveau de construction au plus bas depuis 1950 , ce rapport parlementaire propose une refonte structurelle de la fiscalité immobilière pour réactiver l’investissement des particuliers. Les auteurs plaident pour la fin des « niches fiscales » temporaires au profit d’un statut pérenne du bailleur privé, permettant l’amortissement comptable du bien (5 % dans le neuf, 4 % dans l’ancien rénové) afin de rendre la location nue de longue durée aussi attractive que le meublé touristique. L’intention est clairement de provoquer un choc d’offre pour sauver la filière BTP menacée : le texte parie qu’une fiscalité incitative générera 90 000 logements supplémentaires par an d’ici 2030, compensant ainsi le coût budgétaire par un surcroît de recettes de TVA et d’activité économique.
L’évaluation des aides au logement
- L’effet inflationniste des aides personnelles au logement reste à évaluer, IGEDD, Rapport n° 007987-04, Jacques Friggit, Août 2025
Ce rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable remet profondément en cause le consensus académique et administratif sur la captation des aides au logement par les propriétaires. Il démontre que l’effet inflationniste des APL demeure indéterminé et que rien ne prouve qu’il soit prononcé, les études internationales étant divergentes sur le sujet . L’auteur invalide méthodologiquement les travaux français de référence (notamment Fack et Grislain-Letrémy) ayant servi à justifier les coupes budgétaires, en soulignant qu’ils ont confondu l’inflation des loyers avec des « effets de structure » liés à l’amélioration de la qualité des logements. Contrairement aux idées reçues, la hausse des prix de l’immobilier résulte davantage de l’environnement financier (taux d’intérêt, crédits) que des prestations sociales, rendant caduque la justification scientifique des réformes de réduction des aides.
- Rapport d’information sur la crise du logement, Commission des affaires économiques du Sénat, Dominique Estrosi Sassone, Viviane Artigalas et Amel Gacquerre, juillet 2024
Ce rapport dresse le constat d’une crise du logement majeure et politique, marquée par une chute brutale de la construction neuve (-20 à 30 %) et un blocage du parcours résidentiel. Les sénatrices pointent la responsabilité du Gouvernement qui, par une logique d’économies budgétaires (baisse des APL, fin du Pinel, fiscalité lourde), a fragilisé le secteur bien avant la hausse des taux d’intérêt . Pour éviter un désastre social, le rapport propose une thérapie de choc métaphorique : des « sucres rapides » pour l’urgence (relance du PTZ, report à 2028 de l’interdiction de louer les passoires thermiques G, régulation des meublés touristiques), suivis d’une refondation structurelle. Celle-ci passe par la création d’un « statut du bailleur privé » permettant l’amortissement fiscal du bien, afin de reconnaître l’investisseur comme un producteur de service essentiel.
- Cycle de séminaires, L’impact des politiques publiques, compte rendu de La Séance 2, Quelle portée des résultats ? Le cas de la politique du logement, France Stratégie, 31 janvier 2018
Compte-rendu d’un séminaire confrontant les évaluations académiques de la politique du logement (41,7 Mds €/an en 2016) aux points de vue de l’administration. Il met en lumière un paradoxe majeur : bien que massivement subventionné pour aider les ménages modestes (APL) et stimuler la construction (aides à la pierre), le secteur souffre d’effets pervers notables, notamment une inflation des loyers captant une partie des aides. Les chercheurs soulignent la difficulté d’isoler l’impact réel des politiques en raison de la rareté des données et de l’inélasticté de l’offre. Une grande partie des aides au logement (50-78%) est absorbée par les propriétaires via des hausses de loyers plutôt que de profiter aux locataires. Le gouvernement a utilisé les études citées dans le séminaire pour justifier des économies, ce qui a légitimé intellectuellement la réforme structurelle des aides au logement qui a suivi (notamment la baisse des APL et la Réduction de Loyer de Solidarité).
Gouvernance et gestion des copropriétés
Défis juridiques et organisationnels propres à la propriété collective
- Proposition de loi visant à clarifier les obligations de rénovation énergétique des logements et à sécuriser leur application en copropriété, Sénat, Amel Gacquerre et autres, avril 2025
Adopté par le Sénat le 1er avril 2025 (texte n° 94), ce texte législatif entend desserrer l’étau du calendrier de la loi « Climat et Résilience » qui interdit la location des passoires thermiques (classées G depuis 2025). Face au risque d’une éviction massive de logements du marché locatif, la proposition instaure des « clauses de sauvegarde » pour les propriétaires de bonne foi. Elle suspend l’interdiction de louer si la copropriété a refusé les travaux de rénovation des parties communes ou si des contraintes architecturales ou patrimoniales rendent les travaux impossibles. Le texte instaure également le bouclier du DPE collectif, selon lequel un immeuble classé E ou mieux suffit à exonérer tous ses appartements, même ceux classés G individuellement. En créant ces exceptions légales, le Sénat veut empêcher que la responsabilité de la précarité énergétique ne pèse sur le seul bailleur quand le blocage est collectif. Le texte veut éviter que la non-conformité énergétique ne devienne une arme automatique pour les locataires ou un moyen de ne plus payer son loyer. Plus largement, ces mesures visent à restaurer l’attractivité de la pierre face aux placements financiers, en réduisant l’incertitude et la lourdeur administrative qui pèsent aujourd’hui sur la rentabilité réelle des bailleurs. Transmis à l’Assemblée nationale mais en attente d’inscription à l’ordre du jour, ce texte reste pour l’instant inappliqué.
- Rapport fait au nom de la commission d’enquête sur la paupérisation des copropriétés immobilières, Sénat, Amel Gacquerre et Marianne Margaté, juillet 2024
Ce rapport dresse un constat alarmant sur la fragilisation silencieuse des copropriétés en France, un phénomène qui dépasse largement les grands ensembles médiatisés pour toucher massivement les petites copropriétés de centre-ville. Les auteures décrivent un « angle mort » des politiques publiques : sur les 888 000 copropriétés estimées, plus de 300 000 ne sont pas immatriculées et échappent aux radars de l’État. Le rapport analyse l’engrenage fatal de la paupérisation : vieillissement du bâti + appauvrissement des propriétaires + blocages décisionnels liés à la loi de 1965. Selon le rapport certaines copropriétés sont devenues un « parc social de fait » qui pallie les carences du logement HLM, mais sans les filets de sécurité (entretien, gestion) du secteur social. La proposition de créer une « Banque de la rénovation » est un aveu implicite que le secteur bancaire privé a failli. Les banques refusent de prêter aux syndicats de copropriétaires (trop risqué, trop complexe).
🔄 La critique de la loi de 1965 face à l’urgence climatique : les auteures suggèrent que la démocratie directe de la copropriété (le vote en Assemblée Générale pour chaque décision) est devenue un frein mortel face à l’urgence de la rénovation énergétique. En proposant de donner plus de pouvoir au conseil syndical et de limiter le droit de vote des mauvais payeurs, le rapport plaide pour une professionnalisation et une verticalisation de la gestion pour sortir de la paralysie.
Promulguée le 23 novembre 2018, la loi ELAN marque un pivot libéral. À l’inverse d’ALUR, centrée sur la régulation et la protection, ELAN vise la productivité (« construire plus, mieux et moins cher ») via la simplification normative et l’imposition d’obligations de résultats :
- Lutte contre l’habitat indigne : Anticipant la loi de 2024, ELAN frappe les « marchands de sommeil » au portefeuille (confiscation de biens, interdiction d’achat), traitant la dégradation comme une délinquance financière.
- Le « Décret Tertiaire » : Mesure environnementale majeure, il impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² une baisse drastique de leur consommation d’énergie finale (-40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050).
- Transformation bureaux-logements : Face à l’obsolescence du parc tertiaire, la loi encourage la mutation des bâtiments via un « bonus de constructibilité » et des dérogations aux règles des PLU.
- Revitalisation urbaine (GOU et ORT) : Création d’outils juridiques facilitant les expropriations et la réhabilitation rapide des centres-villes dégradés.
- Gouvernance : Débloquer et monitorer la copropriété
Pour contourner l’inertie des Assemblées Générales, ELAN instaure des mécanismes de « gestion de crise ». Elle facilite la scission des grandes copropriétés (majorité assouplie à l’article 25) pour isoler les bâtiments sains des ensembles en déshérence, et abaisse le seuil d’intervention du juge pour la mise sous administration provisoire. Parallèlement, en imposant la plateforme de suivi énergétique OPERAT et en poussant la dématérialisation (carnet d’entretien numérique), l’État acte que la sécurité et la transition du bâti nécessitent désormais un pilotage par la donnée.
Promulguée le 24 mars 2014, la Loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové (ALUR) instaure un vaste dispositif législatif (177 articles) marquant le retour d’un cadre régulateur fort de l’État. Elle vise à répondre aux tensions du marché (crise du logement, hausse des loyers, dégradation du bâti) en instaurant de nouveaux mécanismes de contrôle. Le texte cherche à rééquilibrer les rapports locatifs et à sécuriser les parcours résidentiels, encadrant davantage les relations entre bailleurs, locataires et professionnels.
En imposant des contrats-types (syndic, bail) et en plafonnant les honoraires, la loi sous-entend que le secteur immobilier, laissé à lui-même, tend vers l’opacité et l’inflation des coûts.
La création massive de registres et de diagnostics (RNIC, DTG) sous-entend que le déséquilibre du marché vient d’une asymétrie d’information. Pour que le marché fonctionne, l’État force la « dataification » du parc privé pour que l’acheteur ou le locataire sache exactement ce qu’il signe.
Mesures clés : la gestion patrimoniale préventive
La loi rompt avec la gestion au coup par coup pour imposer une vision de long terme, structurée autour de trois nouveaux piliers obligatoires :
- Le DTG (Diagnostic Technique Global) : il fusionne l’analyse structurelle et l’audit énergétique pour offrir une vision d’ensemble. L’objectif est de stopper les travaux isolés inefficaces pour privilégier des rénovations globales (ex : refaire l’étanchéité et isoler simultanément).
- Le Fonds de Travaux : l’instauration d’une épargne forcée (minimum 5 % du budget annuel) pour anticiper l’usure naturelle du bâtiment et sécuriser le financement des gros travaux futurs.
- L’Immatriculation (RNIC) : la création d’un registre national qui met fin à l’anonymat des copropriétés. Il permet à la puissance publique de surveiller leur état financier et technique pour détecter les signaux faibles de dégradation avant la faillite.
- « Prévenir et guérir les difficultés des copropriétés : Une priorité des politiques de l’habitat », Rapport de Dominique Braye (Président de l’Anah), remis en janvier 2012 au gouvernement.
Le rapport sous-entend que la Loi de 1965 (le texte fondateur de la copropriété) est devenue criminogène pour le bâti. En donnant le pouvoir absolu à une Assemblée Générale (AG) souvent incompétente techniquement et guidée par l’intérêt financier à court terme, la loi a organisé l’obsolescence programmée des immeubles. Ce rapport a ouvert la voie royale à la Loi ALUR (2014).
La quasi-totalité des mesures phares du rapport (Fonds de travaux obligatoire, DTG, Immatriculation, Fiche synthétique) ont été intégrées dans la loi deux ans plus tard, transformant le paysage législatif de l’immobilier. Le rapport insistait sur la nécessité d’une observation statistique permanente. Il recommandait de ne pas se fier aux seules déclarations des syndics, mais de croiser les données (impayés, arrêtés de péril, DPE) pour détecter les « signaux faibles » de la dégradation bien avant la faillite. Il suggère que sur certains sujets (sécurité, conservation), l’AG ne devrait pas avoir le droit de dire « non », ou que la décision devrait être automatique (d’où le fonds de travaux obligatoire, qui ne se vote pas).
Le rapport sous-entend que le copropriétaire individuel est un gestionnaire incompétent et court-termiste. L’auteur explique que le « temps du copropriétaire » (court, lié à la vente) s’oppose au « temps du bâtiment » (long). La « souveraineté de l’Assemblée Générale » conduit ainsi à la ruine des immeubles par défaut d’entretien. À la date de remise du rapport, une estimation haute évaluait à 15 % la part du parc de copropriétés « fragiles » ou « à surveiller » (soit environ 1 million de résidences principales).
Promulguée en plein essor de la construction immobilière, la loi du 10 juillet 1965 constitue une évolution juridique majeure. Pour rendre viable la propriété verticale en milieu urbain, elle instaure un mode de fonctionnement inédit, souvent comparé à une « micro-république ». Elle ne s’applique pas seule : son décret d’application du 17 mars 1967 en précise indissociablement les modalités concrètes (convocations, tenue des Assemblées Générales, procès-verbaux, délais). Ces deux textes forment ensemble le socle réglementaire de la copropriété, bien que l’un et l’autre aient été substantiellement modifiés depuis leur promulgation.
Son principe philosophique originel reposait sur l’idée que les copropriétaires, agissant de manière rationnelle et avec prudence (selon le standard du « bon père de famille », notion juridique depuis abandonnée et remplacée en 2016 par celle de la personne « raisonnable »), voteraient naturellement pour l’entretien et la sauvegarde de leur patrimoine commun.
Pour organiser cette gestion, la loi repose sur la division de l’immeuble en lots (comprenant une partie privative et une quote-part des parties communes exprimée en « tantièmes ») et s’appuie sur une gouvernance tripartite :
- Le Syndicat des copropriétaires (la personne morale) : entité juridique regroupant l’ensemble des propriétaires, dotée de la personnalité morale et capable d’agir en justice. Son organe délibérant est l’Assemblée Générale (AG), réunie au moins une fois par an pour voter les budgets et les travaux. C’est l’instance souveraine de décision.
- Le Conseil Syndical (l’organe de contrôle) : composé de copropriétaires élus, il assiste le syndic et contrôle sa gestion.
- Le Syndic (l’organe exécutif) : professionnel ou bénévole, il est chargé de faire appliquer les décisions de l’AG et d’assurer la gestion courante de l’immeuble.
Aujourd’hui, ce modèle a montré ses limites face à la complexité des défis contemporains : rénovation énergétique et traitement des pathologies structurelles (étanchéité, façades, réseaux vieillissants), mise en conformité aux nouvelles normes de sécurité et gestion de l’obsolescence programmée d’un bâti conçu dans les années 1960-1970 sans anticiper sa durée de vie réelle.
La capacité contributive inégale des propriétaires et le coût important des travaux peuvent transformer cette souveraineté de l’AG en un mécanisme de blocage. Les décisions touchant à la pérennité du bâti (façades, toitures, isolation) doivent légalement respecter la mécanique stricte des votes, selon trois régimes de majorité distincts :
- Article 24 (majorité simple des voix exprimées) : travaux d’entretien courant et de maintenance.
- Article 25 (majorité absolue de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents) : travaux d’amélioration significatifs, travaux sur parties communes.
- Article 26 (double majorité : majorité en nombre des copropriétaires représentant au moins deux tiers des tantièmes) : travaux touchant à la structure ou à la destination de l’immeuble.
La transition écologique des immeubles est ainsi freinée par les contraintes financières individuelles à court terme, qui rendent les majorités requises difficiles à atteindre pour les travaux lourds.
Face à ces nouveaux enjeux, le cadre d’évaluation des politiques de l’habitat est amené à évoluer. L’approche traditionnelle, centrée sur l’approbation comptable annuelle, tend à être complétée par une évaluation de la résilience climatique et structurelle de la copropriété. L’évaluation passe ainsi progressivement d’un contrôle financier a posteriori à un audit technique a priori.
L’Article 18 et le rôle exécutif du syndic
Si la loi de 1965 confère le pouvoir décisionnel à l’Assemblée Générale, son Article 18 encadre strictement la mission du syndic. Il définit ses obligations légales, dont il ne peut s’affranchir, même en cas d’inaction de l’AG. Selon cet article, le syndic est notamment chargé de :
Administrer l’immeuble et pourvoir à sa conservation : souscrire les polices d’assurance de l’immeuble, signer les contrats d’entretien et tenir à jour le carnet d’entretien.
Exécuter les décisions : mettre en œuvre concrètement ce qui a été voté en Assemblée Générale (lancement des travaux, appels de fonds).
Gérer les finances : établir le budget prévisionnel, ouvrir un compte bancaire séparé au nom du syndicat et assurer la tenue des compte
Représenter la copropriété : agir en justice au nom du syndicat (pour le recouvrement des impayés ou contre une entreprise défaillante).
Agir en urgence : en cas de péril imminent ou de sinistre grave (comme un dégât des eaux menaçant la structure), l’article 18 donne au syndic le pouvoir et le devoir de faire réaliser les travaux de sauvegarde immédiatement, sans attendre une délibération en AG.
Qualité, sécurité et salubrité de l’habitat
lutte contre l’habitat indigne et théories de maintenance préventive
La loi a répondu à l’actualité brûlante des effondrements d’immeubles (Marseille rue d’Aubagne, Lille rue Pierre-Mauroy) qui ont montré les limites de l’action publique préventive. Le texte acte l’échec partiel des dispositifs incitatifs (comme les OPAH) et des procédures classiques (Loi Vivien de 1970) face à la complexité des copropriétés dégradées. Le durcissement drastique des sanctions pénales (confiscation) sous-entend que la dégradation de l’habitat n’est plus vue seulement comme un problème technique ou social, mais comme une délinquance financière organisée. Cette loi ouvre la voie à un interventionnisme municipal beaucoup plus agressif sur le parc privé. Elle rend possible la confiscation de biens privés dégradés et permet d’intervenir « dans les murs » des copropriétés (diagnostic structurel imposé par le maire), là où la puissance publique s’arrêtait auparavant à la porte de l’immeuble.
🔄 Cette loi valide le constat des praticiens :sans maîtrise foncière rapide, la spirale de dégradation est plus rapide que le temps administratif. La loi ne se contente pas de droit immobilier (Code de la construction) ; elle modifie le Code pénal, le Code de l’expropriation et le Code de l’urbanisme pour encercler le propriétaire défaillant. Ce texte fournit aux collectivités une « boîte à outils » coercitive pour débloquer les copropriétés en péril.
- L’évaluation dans les politiques complexes : les cas de la lutte contre l’habitat indigne et du traitement des copropriétés en difficulté, Nicolas Desquinabo, Revue française d’administration publique 2021/1 N°177
Cet article analyse les défis d’évaluation des politiques publiques caractérisées par une forte fragmentation des acteurs (maires, préfets, ARS, Justice). L’innovation méthodologique consiste à mesurer non pas ce qu’un acteur fait, mais l’impact négatif de ce qu’il ne fait pas (ex: l’absence de poursuites pénales par les parquets). L’impunité est une faillite budgétaire : financer la rénovation urbaine sans activer le volet répressif est un investissement à fonds perdus. L’évaluation montre que les subventions (Anah) sont souvent neutralisées par l’absence de sanctions contre les propriétaires indélicats. L’absence d’un seul ETP de police spécialisé permet la persistance de millions d’euros d’aides au logement versées indûment à des marchands de sommeil. L’évaluation doit ainsi servir à auditer les « chaînons manquants ». Si la justice ne suit pas, la politique du logement tourne à vide. Le facteur temps est critique puisque des procédures judiciaires s’étalant sur 5 ans rendent les politiques de redressement inopérantes. Pour un copropriétaire, cette inertie se traduit directement par une perte de valeur du bien et une explosion des charges. La « main qui sanctionne » est indispensable pour protéger l’investissement de ceux qui respectent les règles.
🔄 Idée clé : mettre en place un suivi comparatif inter-départemental des suites judiciaires données aux signalements d’habitat indigne. L’auteur ici ne regarde pas seulement ce qui a été fait, mais il collecte des données sur ce qui n’a pas été fait. Par exemple, il recense les cas où les outils coercitifs (amendes, travaux d’office) n’ont pas été utilisés alors qu’ils auraient pu l’être.
- Costs for Service Life Optimization, Willem R. de Sitter, 1984
Ce principe heuristique, formulé par l’ingénieur néerlandais Willem R. de Sitter en 1984, théorise l’évolution exponentielle des coûts de remise en état d’une structure en béton en fonction du moment de l’intervention. Il postule que différer la maintenance nécessaire d’un ouvrage ne génère pas une économie de trésorerie, mais une dette technique qui progresse selon une suite géométrique de raison 5. Le modèle divise la vie d’un ouvrage en quatre phases critiques, où le coût de l’intervention est multiplié par 5 à chaque étape de dégradation négligée.
L’évaluation d’une politique de gestion immobilière ne doit jamais se baser sur le flux de trésorerie instantané (charges faibles = bonne gestion) mais sur la dette technique latente. Tout audit doit chiffrer le « mur d’investissement » futur généré par l’absence de dépenses actuelles selon la courbe de Sitter. Intervenir en phase B (nettoyer des façades, reprendre des joints, appliquer un hydrofuge) semble inutile aux profanes car « ça tient » et rien n’est cassé. La loi de Sitter impose de dépenser sans gratification visuelle immédiate, ce qui est politiquement et psychologiquement très difficile à vendre en Assemblée Générale.
🔄 Idée clé : l’échelle de Sitter quantifie le prix du déni : 1 € non dépensé en prévention (Phase A/B) se transforme mécaniquement en une facture de 125 € lors de la ruine fonctionnelle (Phase D).
Analyses économiques de long terme
Données structurelles sur la valeur et les prix du parc immobilier.
- Le prix de l’immobilier d’habitation sur le long terme, cours de École des Ponts ParisTech (ENPC), Jacques Friggit, janvier 2025.
Ce support de cours de 366 diapositives déconstruit les mécanismes de formation des prix immobiliers sur le temps long (depuis 1200 pour les prix, 1840 pour les placements). Friggit y démontre que l’envolée des prix immobiliers en France de 2000 à 2008, suivie d’une « lévitation » jusqu’en 2022, est une anomalie historique déconnectée des revenus des ménages (sortie du « Tunnel »). Il prouve que cette hausse n’est pas due à une pénurie de logements (facteur réel) mais à l’effet inflationniste de l’environnement financier (baisse des taux, allongement des durées de prêt, endettement massif). Il prédit un retour inéluctable des prix vers leur tendance longue (le tunnel) sous l’effet de la remontée des taux.
🔄 Pour Friggit, investir à Paris aujourd’hui offre un rendement locatif historiquement bas, déconnecté de la « normale » séculaire de 6%. Cette baisse s’explique mécaniquement : les prix à Paris ont explosé (+226% entre 2000 et 2018 ), tandis que les loyers ont augmenté beaucoup moins vite.
Ressources connexes :
- Evaluation des politiques de rénovation énergétique
- Journal de bord d’une rénovation énergétique
- Dégâts des eaux
