Ressources pour l’évaluation de l’action humanitaire et l’urgence

Quelques ressources ci-dessous (guide, manuel, ouvrage,…) pour le suivi et évaluation des projets humanitaires.

Guides et manuels de référence pour l’évaluation de l’aide humanitaire

Ce guide méthodologique, produit par la Stabilisation Unit (SU) du gouvernement britannique, porte sur le Suivi, l’Évaluation et l’Apprentissage (Monitoring, Evaluation and Learning – MEL) dans les contextes de conflit et de stabilisation. Il vise à aider les acteurs opérationnels et stratégiques à concevoir et mettre en œuvre des systèmes MEL dans ces environnements difficiles.

Il propose cinq principes fondamentaux pour un MEL efficace : être conscient des réalités politiques locales, comprendre l’interaction entre son intervention et ce contexte, être doté d’un budget et de ressources MEL à la hauteur de ses ambitions et enfin, adaptatif, capable de réagir en temps réel aux changements rapides.

Le guide expose les composantes d’un système MEL, en mettant l’accent sur l’importance cruciale de la Théorie du Changement (ToC) comme fondement, intégrant l’analyse du contexte et explicitant la logique d’intervention, des hypothèses et visant à établir des preuves.
Guide du gouvernement britannique sur le suivi, évaluation et apprentissage en situation de conflit et de stabilisation.

Guide du gouvernement britannique sur le suivi, évaluation et apprentissage en situation de conflit et de stabilisation.

Le guide aborde les défis spécifiques à l’EAH, tels que l’intervention en urgence, le manque de données de référence, l’insécurité limitant l’accès, etc. Il détaille les choix méthodologiques (qualitatives, quantitatives, mixtes), l’échantillonnage, la collecte de données sur le terrain (entretiens, observation), l’analyse et l’importance d’impliquer la population affectée. La rédaction et la communication des résultats, axées sur l’utilisation, sont également traitées. Le guide met l’accent sur le principe éthique fondamental du « Do No Harm » (ne pas nuire) qui doit guider toute EAH.

Le guide répond notamment à un manque de langage commun concernant l’EAH. Si le guide mentionne les méta-évaluations, l’accent reste mis sur l’évaluation individuelle de projets, programmes, et moins une évaluation systémique au niveau institutionnel ou inter-institutionnel. 

Sans doute un des premiers guide sous l’appellation MEAL ? Ce guide opérationnel est destiné aux praticiens de l’humanitaire pour mettre en place des systèmes de Suivi, Évaluation, Redevabilité et Apprentissage (MEAL). Le manuel propose une progression : débuter par un suivi informel et des données « suffisamment bonnes » (good enough) via des méthodes participatives (classement par tas, discussions de groupe), pour évoluer vers des systèmes plus formalisés une fois la situation stabilisée. Une forme de suivi informel (conversations, observations non structurées) est ainsi reconnu comme une source de données valide pour capter les changements de contexte. Le changement principal vient de l’intégration explicite de la Redevabilité (Accountability) et de l’Apprentissage dès les premières heures de la crise, et non comme une réflexion post-projet.

Le document opère une rupture avec la bureaucratie du contrôle. Il autorise officiellement les équipes à ne pas faire de sondages représentatifs complexes au début (baseline studies) ce qui va à l’encontre du réflexe académique ou administratif habituel. L’insistance répétée sur la simplicité (« keep it light », « simple Excel database ») évoque que le secteur humanitaire n’échappe pas à une pathologie bureaucratique : les équipes terrain sont noyées sous des exigences de reporting déconnectées de la réalité. En promouvant l’évaluation en temps réel (6 à 8 semaines après le début), ce guide a ouvert la possibilité de modifier un projet en cours de route sans que cela soit vu comme un échec, mais comme une preuve de qualité. Par ailleurs, il pave la voie à la normalisation de la « Redevabilité envers les populations affectées » (AAP : Accountability to Affected People).

L’ouvrage reste cependant strictement technique et opérationnel. Il permet de remettre en cause la modalité de l’aide (ex: remplacer des seaux en plastique par du métal), mais jamais le bien-fondé de la présence de l’ONG ou les causes politiques de la crise. L’évaluation ici sert à optimiser le « comment » (efficience, pertinence technique), mais le « pourquoi » (le dogme humanitaire interventionniste) est considéré comme un acquis indiscutable.

Un outil clé : le pile ranking (classement par tas) révèle que la satisfaction n’est pas absolue mais relative : demander aux gens de choisir ce qu’ils sacrifieraient dans un kit humanitaire est plus révélateur de leurs besoins réels que de leur demander simplement s’ils sont contents. 

Manuel de référence conçu pour les cours de niveau débutant, intermédiaire et avancé sur l’Évaluation de l’Action Humanitaire (EHA), dispensés par Channel Research pour le compte d’ALNAP. Le manuel explore les objectifs de l’évaluation, notamment la tension et la complémentarité entre l’apprentissage et la redevabilité. Différentes étapes, types et approches d’évaluation sont présentés. 

A noter l’’accent mis sur les RTE (évaluations en Temps Réel ) comme moyen d’influencer les opérations pendant leur déroulement au plus tôt dans la vie du projet, favorisant l’interactivité et l’apport d’une perspective externe rapide, à distinguer des évaluations purement rétrospectives.

Le manuel note des faiblesses passées dans l’intégration des enjeux transversaux (genre, protection) dans la rareté et difficulté des évaluations d’impact, le risque omniprésent de biais dans la collecte de données, et surtout, le bilan historiquement mitigé de l’utilisation réelle des évaluations humanitaires.

Ce guide, issu du Emergency Capacity Building Project (ECB) et basé sur les contributions de plusieurs grandes ONG, propose une approche pragmatique, dite « suffisamment bonne », pour la mesure de l’impact et la redevabilité dans les contextes d’urgence humanitaire. Destiné principalement aux responsables de projets sur le terrain, il vise à intégrer ces pratiques dans leur travail quotidien, même lorsque le temps, les ressources ou le savoir-faire sont limités. Le guide souligne l’importance cruciale d’impliquer les populations affectées (femmes, hommes, enfants) à toutes les étapes : évaluation des besoins, planification, mise en œuvre et jugement de l’intervention. Il insiste sur la nécessité de fournir des informations claires aux bénéficiaires, d’établir une communication et un feedback à double sens, et de mesurer les changements réels intervenus dans la vie des personnes grâce au projet. Plutôt que des méthodes complexes, il préconise des outils simples, rapides et sûrs, adaptés au contexte, tels que l’établissement de profils communautaires, l’identification des changements souhaités par les populations, le suivi participatif et la mise en place de mécanismes de plaintes.

Le projet a été développé pour traiter les lacunes dans la réponse internationale aux secours d’urgence. « Suffisamment bon » (good enough) dans le sens donc de pragmatique, fonctionnel : ne pas viser le système idéal mais adapté aux capacités du terrain et utile.

Le Manuel Sphère n’est pas un guide d’évaluation comme les précédent documents, mais un ensemble de standards. Le projet a été initié en 1997, la dernière version complète date de 2018. Le manuel formule donc des exigences plutôt que des recommandations :

  • Respecter la Charte Humanitaire
  • Appliquer les Principes de Protection
  • Mettre en œuvre la Norme Humanitaire Fondamentale (CHS)
  • Atteindre les Standards Minimums Techniques
  • Prioriser la participation des populations affectées
  • Utiliser les standards pour la planification et l’évaluation
  • Promouvoir un langage commun et la collaboration 

Au niveau technique, 4 secteurs sont particulièrement abordés : WASH, Alimentation/Nutrition, Abris, Santé. La mesure de certains standards qualitatifs et principes (comme la dignité ou la participation significative) reste,  si ce n’est un défi méthodologique, un questionnement à renouveler. 

Autres ressources en évaluation par secteur
Voir également
Pour aller plus loin

Date de première publication : 2018
Edition : Sébastien Galéa