Rénovation énergétique : le monogeste

Le mono-geste était-il totalement inapproprié ? Retour sur un consensus

Entre 2023 et 2024, la quasi-totalité des rapports d’évaluation sur le sujet a convergé vers une même critique : MaPrimeRénov’ finance trop de mono-gestes et trop peu de rénovations globales. Le constat est exact, mais avec le recul il mérite d’être réinterrogé, car il reposait sur des présupposés qui n’étaient pas tous établis.

Il faut d’abord distinguer deux reproches souvent confondus. Le premier est technique : un geste isolé ne sort pas un logement du statut de passoire, il ne traite pas l’enveloppe. Le second est allocatif : on dépenserait beaucoup pour un effet thermique faible. Les deux critiques supposent que l’objectif est la performance de l’enveloppe et le saut de classe. Or ce n’est pas le seul objectif légitime de la politique, qui vise aussi, et d’abord, la décarbonation.

C’est là que le jugement bascule. Le mono-geste massivement financé a surtout été le remplacement du chauffage, notamment la bascule vers la pompe à chaleur. Au regard du carbone évité par euro investi, ce geste est l’un des plus efficients qui soient, bien davantage que l’isolation, presque jamais rentable selon les hypothèses de prix actuelles (voir France Stratégie, note 144, et CAE). Mises bout à bout, ces analyses suggèrent une hypothèse inconfortable pour le consensus de l’époque : une part des mono-gestes chauffage a peut-être été le meilleur usage du franc public disponible.

L’unanimité reposait en réalité sur une doctrine implicite, le fabric first, le bâti d’abord, héritée du standard Passivhaus. Dans ce cadre, traiter le chauffage avant l’enveloppe est nécessairement un pis-aller. Mais cette doctrine était, au même moment, ouvertement contestée par les tenants de l’électrification et par l’approche understanding first. Un consensus qui tranche une controverse vivante par doctrine plutôt que par mesure est fragile, même quand toutes les institutions vont dans le même sens.

Une lecture rétrospective conduit donc à un jugement plus nuancé. Critiquer le mono-geste comme stratégie suffisante était fondé : non, le geste isolé ne produit pas un parc rénové. Le condamner comme dépense inutile l’était moins, car ce verdict présupposait un objectif unique et ignorait l’efficience carbone réelle de certains gestes. Le vrai défaut de la séquence n’était pas d’avoir critiqué le mono-geste, mais de l’avoir critiqué en bloc, sans l’instrument qui aurait permis de distinguer le geste utile du geste cosmétique : le coût d’abattement, absent du pilotage, comme le pointe France Stratégie.

S’ajoute un argument que le temps a rendu visible : la rénovation globale que l’on voulait substituer au mono-geste s’est révélée largement inatteignable à l’échelle visée, du fait du reste à charge, de la pénurie d’artisans et d’accompagnateurs, et des blocages en copropriété. Lorsque l’alternative idéale ne se déploie pas dans le réel, condamner le levier qui fonctionne effectivement relève d’un biais classique de l’évaluation, celui qui juge l’existant à l’aune d’un optimum théorique non réalisé.

Cela ne réhabilite pas le mono-geste sans réserve. Ses effets pervers sont documentés : effet d’aubaine, risque de figer un logement dans une demi-mesure, inconfort persistant d’une passoire au chauffage performant. La leçon d’évaluation n’est donc pas que le consensus avait tort, mais que la question avait été mal posée. Le clivage pertinent n’était pas mono-geste contre rénovation globale, mais geste efficient contre geste inefficient, un tri que seul un indicateur de coût par tonne évitée aurait permis d’opérer. Faute de cet indicateur, le débat est devenu doctrinal là où il aurait dû rester empirique.

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