Logigramme, algorigramme, flowchart… les appellations varient selon les environnements, et leurs frontières sont floues. Le logigramme domine dans les démarches qualité (type ISO) et l’élaboration de procédures en entreprise. L’algorigramme, son cousin scolaire, représente « la succession des opérations d’un algorithme »¹. En anglais, « flowchart » désigne à peu près tout schéma fait de boîtes et de flèches.
Une définition officielle décrit le logigramme comme un « schéma synoptique qui présente, sous la forme d’une suite de lignes et de symboles graphiques, les éléments logiques pris en compte lors du déroulement d’une activité, d’une étude ou d’un processus »². En clair : un schéma qui se lit d’un seul coup d’œil (c’est le sens de « synoptique », du grec sunopsis, la vue d’ensemble), comme un chemin balisé avec ses carrefours. À chaque carrefour, une question décide de la direction à prendre.
La différence avec le diagramme de processus tient en un symbole, le losange, et en une intention. L’un enregistre un travail tel qu’il se fait, pour l’améliorer ; l’autre prescrit un chemin avant qu’on l’emprunte. Le logigramme pose une question, oui ou non, et le parcours bifurque selon la réponse. Mais il perd au passage ce que le diagramme de processus savait montrer : l’attente.
Références
ENIAC in Action: Making and Remaking the Modern Computer, Thomas Haigh, Mark Priestley et Crispin Rope, MIT Press, 2016
Les auteurs racontent, à partir des archives, la vie de l’ENIAC (1945-1955), le premier calculateur électronique programmable. Ils s’attardent sur les années 1947-1948 : la machine est alors reconfigurée pour simuler la fission atomique, ce qui serait, selon eux, le premier programme moderne exécuté. Le livre suit le passage d’un problème de physique au flow diagram, puis au code. Le programme suit des milliers de particules, une à une. À chaque étape, le hasard décide de la suite, et le calcul bifurque. C’est le principe même du logigramme : un point de départ, et tous les destins possibles qui en découlent.
- Planning and Coding of Problems for an Electronic Computing Instrument, Herman H. Goldstine et John von Neumann, Institute for Advanced Study (Princeton), partie II, trois volumes, 1947-1948
Ces rapports sont rédigés dans le cadre d’un contrat avec le service de recherche et développement de l’armement de l’armée américaine. Paradoxe : l’ordinateur pour lequel ils écrivent n’existe pas encore. La machine de l’Institut ne fonctionnera pleinement qu’en 1952. Les auteurs inventent donc une méthode pour concevoir les programmes sur le papier, avant de pouvoir les exécuter : le flow diagram.
Les volumes de 1948 l’appliquent à des calculs mathématiques et au tri de listes. La décision n’a pas encore la forme d’un losange : c’est un rectangle à deux sorties, marquées + et −. Les auteurs comparent leur méthode de tri aux trieuses à cartes perforées d’IBM qui équipent alors les bureaux. Leur machine serait de 15 à 150 fois plus rapide, sans aucune manipulation humaine des fiches, et pourrait enchaîner tri et calcul, un atout qu’ils jugent décisif pour les statistiques.
Dès l’origine, le logigramme sert à décider avant d’agir, puis à confier la décision à une machine. Le flow diagram fixe sur le papier toutes les alternatives d’un traitement avant qu’il s’exécute.

Le saviez-vous ?
Derrière les signataires, deux programmeuses
Klára Dán von Neumann (1911-1963). Autodidacte, ancienne championne de Hongrie de patinage artistique, elle écrit en 1948 le code de la première simulation de Monte Carlo sur ordinateur, à partir d’un flow diagram de son mari. La programmation passait alors pour un travail subalterne, souvent confié à des femmes, et son rôle n’a été redécouvert que récemment.
Adele Goldstine (1920-1964). Mathématicienne, elle rédige le manuel d’utilisation de l’ENIAC et forme une partie de ses six premières programmeuses.
Comme Lillian Gilbreth avant elles, elles ont fait une part du travail sans que leur nom reste attaché à l’outil.
Glossaire
Algorigramme : « Représentation graphique de la succession des opérations d’un algorithme. » (Office québécois de la langue française)
Flowchart : « Graphical representation of the definition, analysis, or method of solution of a problem in which symbols are used to represent operations, data, flow, equipment, etc. » Soit : représentation graphique de la définition, de l’analyse ou de la méthode de résolution d’un problème, dans laquelle des symboles représentent des opérations, des données, des flux, des équipements, etc. (norme ISO 5807, 1985, traduction EVAL)
Logigramme : « Schéma synoptique qui présente, sous la forme d’une suite de lignes et de symboles graphiques, les éléments logiques pris en compte lors du déroulement d’une activité, d’une étude ou d’un processus. » (Office québécois de la langue française)
Synoptique : « Qui offre une vue générale d’un ensemble. » Du grec sunoptikos. (Larousse)
Série « Visualiser les parcours »
- le diagramme de processus (process chart) : la nature de chaque étape
- le logigramme (flowchart) : les embranchements, ce qui se passe selon la décision prise.
- le diagramme en couloirs (swimlane diagram) : les passages de relais entre acteurs. À venir ;
- la cartographie de la chaîne de valeur (value stream mapping) : les délais, entre temps utile et temps perdu. À venir ;
- le blueprint de service (service blueprint) : ce que voit l’usager, et ce qui lui échappe. À venir ;
- la carte de parcours usager (customer journey map) : le vécu. À venir.
¹ Office québécois de la langue française, Grand dictionnaire terminologique, fiche « algorigramme », consultée en octobre 2026 ↩︎
² Office québécois de la langue française, Grand dictionnaire terminologique, fiche « logigramme », consultée en octobre 2026 ↩︎
