FIKA

Le FIKA désigne la pause café suédoise. Une véritable institution, entre collègues ou entre amis, accompagné d’une pâtisserie, souvent dans un confort douillet mais parfois aussi en plein air. Le principe premier : la convivialité. Entre collègues les hiérarchies disparaissent et évoquer le boulot est prohibé. Souvent 2 fois par jours et à heures fixes, le temps s’arrête, pour le partage et l’échange, pour se recentrer et renouer avec son humanité. Un rituel. 

A partir d’une simple pause café, remettre au centre des valeurs de coopération, de confiance et de respect. Considérer à travers cette basique socialisation, l’importance du bien-être et de créer un équilibre entre travail et vie personnelle. 

FIKA - pause café
Le mot Fika est en réalité une forme de « verlan » suédois ! Au XIXe siècle, les syllabes de l’ancienne orthographe du mot café, Kaf-fi, ont tout simplement été inversées pour donner Fi-ka. En français « On va boire un fecs ».

L’origine de la pause café 

L’origine de la pause-café remonterait aux années 1880 à Stoughton, dans le Wisconsin, Etats-Unis. Cette ville, terre d’immigration norvégienne, avait déjà une culture de consommation de café. L’industrie du tabac locale, et notamment le Gunderson Tobacco Warehouse, avait un fort besoin de main-d’œuvre. La proximité des domiciles des employées avec l’entrepôt permettait à ces dernières de « courir à la maison » pour s’occuper des enfants ou de tâches ménagères gérer et en profitait pur se faire un café. 

Encadrement légal

La pause initialement une pratique informelle née des besoins des travailleurs et des employeurs, est devenue une norme professionnelle et encadrée légalement. En Europe, la France et le Royaume-Uni prévoient tous deux une pause de 20 minutes après 6 heures de travail. L’Allemagne exige 30 minutes de pause après 6 heures (ou 45 minutes après 9 heures), l’Espagne au moins 15 minutes après 6 heures, et l’Italie généralement au moins 10 minutes après 6 heures.

Une blague suédoise ?

« La réunion de 10h sert juste à acter formellement ce qui a déjà été décidé pendant le fika de 9h30 »

(Mötet klockan 10 är bara till för att klubba igenom det som redan beslutades under fikat klockan 9:30)

Le pouvoir de l’informel : du consensus suédois au Nemawashi japonais

La boutade ci-dessus illustre parfaitement la « konsensuskultur » (culture du consensus) suédoise. Dans ce schéma, les décisions ne sont pas imposées verticalement par la hiérarchie ; elles sont discutées en amont pour obtenir l’adhésion. Le Fika devient une arène officieuse : un espace où la parole est libre, où l’on tâte le terrain et où l’on désamorce les résistances avant les réunions officielles. Cette dynamique fait aussi écho à un concept du management japonais : le Nemawashi. Littéralement traduit par « préparer les racines », le Nemawashi consiste à consulter les parties prenantes de manière semi-informelle et itérative pour ajuster un projet avant toute validation. Ces approches mettent en lumière l’importance de la construction de consensus. Là où des méthodes comme la méthode Delphi vont structurer formellement l’accord (via des consultations itératives d’experts), le Fika ou le Nemawashi l’accomplissent de manière plus informelle.

FIKA pause café
Fondé en 1686, le Procope est le plus vieux café parisien. C’est autour de ses tables que de grandes idées mondiales ont germé de manière totalement informelle. Il fut le Fika des intellectuels du Siècle des Lumières : Voltaire, Rousseau et Diderot y ont débattu des concepts qui allaient forger l’Encyclopédie. C’est aussi dans ce cadre convivial que Benjamin Franklin a débattu des grands principes de la future Constitution des États-Unis.
L’évaluation de projet au-delà des chiffres : la dimension humaine

Dans le domaine de l’évaluation de projets ou de politiques publiques, l’attention est trop souvent monopolisée par les livrables ou les indicateurs de réussite . Pourtant, un projet n’est rien sans les personnes qui le composent. L’évaluation d’une organisation passe inévitablement par celle de ses ressources humaines. Or, évaluer des équipes ne doit pas se limiter à de simples grilles de compétences. Cela implique de jauger la qualité des relations, le niveau de confiance et la capacité à collaborer au quotidien.

Le Fika : un remède à la pression de la Gestion Axée sur les Résultats

Ces dernières années, le management a été fortement marqué par la Gestion Axée sur les Résultats (GAR). Le suivi intensif des KPI a parfois eu pour effet d’éroder les liens sociaux, de générer du stress et d’écraser des valeurs fondamentales de coopération. Le Fika intervient ici comme un contrepoids ou un drapeau essentiel. Restaurer la convivialité n’est pas une perte de temps : c’est réamorcer un terreau de collaboration.

Pour aller plus loin

Techniques ou modes de management alternatifs
Les précurseurs

Voir également :